Après l’apaisement de la tempête suscitée par les propos de l’envoyé américain Tom Barrack — et leur exploitation politique par les relais médiatiques du « Hezbollah », fidèles à leur rhétorique traditionnelle de menaces et d’accusations —, l’attention revient sur la crise politique libanaise et sur les conditions sérieuses nécessaires à son sauvetage.
Il n’est pas anodin que la délégation américaine, composée à la fois de responsables de l’administration et du Congrès, ait parlé d’une seule voix — cohérente dans le ton, la substance, les principes et les solutions proposées. Qu’il s’agisse de Baabda, d’Aïn el-Tiné ou du Sérail, au moins quatre de ses membres se sont exprimés, certains longuement, d’autres brièvement, sans qu’aucune contradiction ni maladresse n’ait été relevée. Cette unanimité souligne la clarté de la vision américaine — en réalité, du projet américain — pour régler la crise libanaise dans un cadre double : ses relations avec la Syrie et avec Israël. Il n’était d’ailleurs pas fortuit qu’une délégation syrienne de haut niveau devait arriver à Beyrouth juste après le départ des Américains, en lien avec le volet syrien de ce qui est désormais appelé « le document Barrack ». Ce plan aborde notamment la démarcation des frontières ainsi que des dossiers sensibles comme les réfugiés syriens au Liban, les détenus syriens, et les Libanais disparus en Syrie — même si cette visite a finalement été reportée.
A qui le premier pas ?
Première réalité : le plan américain dépasse désormais la logique du « bazar » consistant à échanger des concessions israéliennes contre le désarmement du « Hezbollah ». Il s’appuie plutôt sur le principe du « pas à pas » — mais avec une première étape exigée du Liban. La décision historique du Conseil des ministres, le 5 août 2025, de « limiter les armes à l’État » n’était pas une fin en soi, mais un point de départ. La mise en œuvre doit commencer dès que l’armée présentera son programme à la fin du mois, avant son adoption formelle par le gouvernement.
Gagnants et perdants
Deuxième réalité : la donne est claire, il y aura des gagnants et des perdants. Le « Hezbollah » ne peut pas imposer ses conditions à Israël, et par extension à Washington. Son fameux concept de « dissuasion stratégique » — longtemps au cœur de sa propagande politique et médiatique — s’est effondré de manière spectaculaire. Impossible de le ressusciter. Les menaces de son numéro deux, le cheikh Naïm Qassem, ou d’autres dirigeants, d’entraîner le Liban dans une guerre civile après leur échec face à Israël, apparaissent creuses. On ne compense pas une défaite par une victoire ailleurs : ce serait accumuler deux échecs.
Le mirage iranien
Troisième réalité : miser sur un soutien iranien ne relève que de promesses illusoires. Téhéran, fragilisé par ses propres difficultés à l’intérieur comme à l’extérieur, cherche avant tout à relancer les négociations nucléaires afin d’obtenir un allègement partiel des sanctions. Sa priorité est la survie de son régime, non l’utilisation du « Hezbollah » comme levier dans son bras de fer avec Washington. Pour le parti, s’entêter dans l’intransigeance ne fait qu’aggraver son isolement — au Liban, dans le monde arabe et sur la scène internationale —, l’engageant sur une voie sans retour : le suicide politique.
Est-ce réellement sa stratégie, ou bien un simple moyen de hausser le ton pour arracher des concessions — comme conserver une part d’influence sur les décisions militaires, maintenir des « zones de résistance » armées, garder la liberté de circulation de ses armes, préserver ses réseaux de contrebande, ou obtenir des parts de pouvoir qui dénaturent l’accord de Taëf ? Peut-être Téhéran l’encourage-t-il dans cette surenchère. Mais ces paris n’ont guère de chance d’aboutir. L’équilibre fragile entre les composantes libanaises ne saurait supporter une nouvelle manipulation. Les crises passées ont été contenues, mais elles ne peuvent se répéter sous l’illusion d’une domination démographique ou d’une suprématie militaire.
L’unique issue de sortie
La vérité est qu’un seul acteur propose désormais une feuille de route : les États-Unis. Leur plan est explicite, global et inclusif — même du « Hezbollah ». Ni l’État libanais ni le parti ne peuvent se permettre de retarder, bloquer ou marchander. Pourquoi alors persister dans le déni, l’entêtement et l’élévation de plafonds fictifs ?
Seul un calcul rationnel et lucide peut sortir le Liban de l’impasse. La question reste posée : reste-t-il une place pour la sagesse dans des têtes échauffées ?