Il y a deux mois, j’ai écrit dans cette chronique des mots qui laissaient transparaître une peur pour le Liban, des mots empreints de désespoir et de pessimisme, rappelant la remarque d’un vieil homme à qui l’on avait demandé ce qu’il pensait de la visite du pape Léon XIV au Liban : « Pourvu que la visite de Sa Sainteté ne soit pas destinée à oindre le Liban que nous connaissons, au milieu des dangers qui le menacent — Dieu nous en préserve. »
Dans le christianisme, le prêtre délivre l'extrême-onction au mourant lorsqu’il rend son dernier souffle !
Aujourd’hui, j’expie mon pessimisme par des vœux d’espérance, écrits à l’encre blanche, et par des réflexions dites à voix haute — avant, pendant et après la visite du Souverain Pontife au Liban.
« Dans ce monde vous aurez des problèmes. Mais gardez votre courage : j’ai vaincu le monde. » (Jean 16,33).
Le dernier commandement que le Christ confia à ses apôtres avant de monter au ciel.
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne pourront rien contre elle. » (Matthieu 16,18).
Une parole de confiance bâtie sur le roc — fondée sur la force de la vérité qui libère lorsqu’on la connaît, et non sur le pouvoir de la force qui détruit lorsqu’on l’embrasse aveuglément. Toute autre parole se brise contre le roc de cette promesse éternelle, comme toutes les paroles du Christ.
Ces deux versets étaient tout ce dont j’avais besoin, à la veille de la visite du Pape, tandis que je contemplais les signes sur son visage, la grâce de son sourire doux, la bénédiction de sa main droite attachée au bien, ses pas calmes, posés et confiants, et l’ampleur des rencontres spirituelles, politiques et populaires qu’il tiendra — ainsi que les discours qu’il prononcera sous le thème central de la visite : « Bienheureux les artisans de paix. »
Je vois presque le successeur de Pierre, debout sur ce roc, à côté de la Sainte Croix, avec cette inscription : « N’ayez pas peur. »
Celui qui appelle à ne rien craindre — quelle que soit la gravité du danger ou le poids de l’épreuve, quelle que soit la dureté du temps ou la rigueur du lieu — sait parfaitement que sa force ne tire sa source que d’elle-même, et d’aucun autre pouvoir. C’est là le secret de sa grandeur, de sa puissance et de sa capacité à fracasser les portes de l’enfer et à brûler le démon de son feu.
Les chrétiens ne découvriront-ils pas de nouveau l’essence de leur foi — cette foi qui les appelle à témoigner du Christ et de la vérité… jusqu’au martyre ?
Mais cette force, qui réside dans l’esprit de tout chrétien sincère, n’est pas une force d’oppression, d’élimination ou de destruction — c’est une force de bonté, fondée sur deux vertus : la première, renforcée par le christianisme (et qui était à l’origine un commandement d’El, le dieu des Phéniciens), est l’amour ; la seconde, propre au christianisme, est le pardon.
Une force nourrie par le principe selon lequel tous les êtres humains sont frères les uns des autres, égaux en dignité et en liberté, ayant droit à la différence, engageant le dialogue comme moyen de résoudre les conflits, et favorisant l’interaction entre les peuples.
Le Liban a incarné toutes ces vérités — peut-être bien avant l’heure — méritant d’être qualifié plutôt de « message » que de patrie. Il est devenu un modèle recherché par les autres nations, à une époque où les différences s’effacent, les distances disparaissent, et l’être humain est regardé comme une valeur en soi — créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, doté de dignité et de liberté dès sa naissance, redevable à personne de l’une ou l’autre.
Le Liban devrait être fier d’être un pionnier, parmi les nations, dans l’établissement de cette culture — et il doit continuer à la défendre, la renforcer et la transmettre.
La force du christianisme repose sur la diffusion de la paix — avec la conviction qu’il ne peut y avoir de paix sans justice.
On imagine presque le Souverain Pontife, réaffirmant ce principe en posant le pied sur la terre du Liban, faisant face à des décideurs qui prêchent une paix illusoire tout en tenant les peuples du monde — particulièrement ceux de l’Orient, berceau des religions et des civilisations — à la gorge, armés de leurs intérêts égoïstes, de leurs instruments de mort, de destruction et d’anéantissement, et d’un art consommé de mener des guerres pour protéger ces intérêts, adorant l’argent — leur « dieu » terrestre — après avoir abandonné le Dieu du ciel et de la terre.
À ceux-là, le pape Benoît XVI déclara un jour que sa parole était plus puissante que tout ce qu’ils possédaient — une vérité que Staline n’avait pas comprise lorsqu’il demanda un jour : « Combien de chars possède le Pape ? »
Pourtant, des années plus tard, un Pape — saint Jean-Paul II — libéra des peuples longtemps écrasés sous la poigne de fer de ce dirigeant soviétique et de ses prédécesseurs.
C’est cette même parole dont des esprits malveillants, dans les centres internationaux du pouvoir, ont tenté de détourner le sens — inventant un Christ que nous ne connaissons pas, prêchant des doctrines étrangères à tout ce qu’Il a enseigné, les prêchant et menant des guerres en leur nom — pour que ces déformations se retournent finalement contre eux en calamités, défaites et désillusions.
C’est cette parole qu’a adoptée autrefois l’Europe — continent de la raison — offrant ainsi à l’humanité des services inestimables ; et c’est cette même parole qu’elle ignore aujourd’hui, devenant non pas le « vieux continent », mais le continent « impuissant ».
Ainsi, le Pape de Rome revient en Orient — divers, profond, ensorcelant, riche en valeurs et en dons, abondant spirituellement et humainement — pour lui rendre le dépôt du message qu’il a porté et préservé, afin que les peuples d’Orient en retrouvent la valeur, en vivent l’esprit, et voient à nouveau le soleil des révélations célestes se lever de leurs horizons et de leurs fronts levés, envoyant sa lumière au monde sans jamais disparaître.
« N’ayez pas peur », dira le successeur de Pierre. « N’émigrez pas ; ne vendez pas votre terre ; ne croyez pas que l’Occident est le jardin d’Éden. Vous êtes originaires de votre Orient — non des intrus ni des passants. Partagez vos expériences avec vos frères musulmans ; contribuez à leurs côtés ; soyez des citoyens égaux. Votre droit à la liberté religieuse — couronne des libertés — est sacré et non négociable, non parce que c’est un droit chrétien, mais parce que c’est le droit de tout être humain, de tout citoyen, quelle que soit son origine, sa foi ou ses choix politiques », comme le dit l’Exhortation apostolique de 1997.
Amour, pardon, témoignage, paix, justice, vérité, dignité… des mots peut-être vidés de leur sens par des langues malveillantes et des intentions perfides — mais lors des visites des quatre papes qui foulèrent la terre du Liban, chacune d’elles étant un moment historique, ces mots retrouvèrent leur pleine valeur, sur la voie droite et le chemin juste.
Il nous reste à commencer — maintenant, pas demain — à saisir cette vérité, à la vivre, et à en porter le message, sans peur ni hésitation, même si cela devait nous coûter le témoignage et le martyre.
« Je vous laisse ma paix »… Le Pape nous confie sa paix fondée sur la justice, puis avance — sans partir.
Et avec cette paix, il vaincra le monde — comme le Christ. Et nous tous, peuples de l’Orient, sommes invités à cette fête de la victoire ; n'hésitons pas… même une seconde.
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