Après l’assassinat par Israël du commandant militaire du Hezbollah, Haitham Abou Ali Tabbataei, dimanche dernier, observateurs, experts, responsables politiques, diplomates et « analystes stratégiques » se sont tous lancés dans des tentatives de prédire la réaction de l’Iran et de son parti : vont-ils riposter ? Riposteront-ils plus tard ? Ne riposteront-ils pas du tout ?
La plupart de ces observateurs ont douté qu’une telle riposte puisse avoir lieu — soit parce que l’Iran et le parti poursuivent ce qu’ils appellent « la patience stratégique », soit en raison de leur incapacité à égaler la machine de guerre israélienne, supérieure militairement, technologiquement et en matière de renseignement.
Pourtant, ce qui est frappant, c’est que ce débat bruyant autour du danger de la nouvelle phase que traverse le Liban a éclipsé — voire presque totalement caché — trois éléments marquants du discours de la fête de l’Indépendance prononcé par le président Joseph Aoun depuis la ville de Tyr : son initiative de négociation en cinq points, ses remarques sur deux impressions contradictoires au sein du Liban, et l’emploi de termes exceptionnellement directs dans le discours présidentiel officiel, notamment « la mini-état » et « le déni ».
Et si l’initiative présidentielle et cette terminologie nouvelle ont reçu leur part de débat dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les salons politiques, le schéma dual qu’il a présenté — deux mentalités opposées parmi les Libanais — exige un examen de son exactitude et de sa pertinence, et de savoir s’il a été introduit uniquement pour créer une impression d’équilibre, afin d’adoucir critiques et mécontentement.
La première situation à laquelle le président Aoun a consacré une large place est celle de « l’orgueil et du déni » dans lequel vit le Hezbollah (sans le nommer) — un état d’esprit dans lequel le parti agit « comme si rien n’avait changé, ni chez nous, ni autour de nous, ni en Palestine, ni dans le monde… se convainquant qu’il peut poursuivre les mêmes déformations du concept d’État et de sa souveraineté sur son territoire telles qu’elles existent depuis quarante ans ».
À l’inverse, il a évoqué ce qu’il a appelé « l’autre camp », dont il affirme qu’il entretient l’impression contraire — « que le séisme survenu a anéanti tout un groupe au Liban, comme si une communauté entière avait disparu, s’était volatilisée, ou comme si elle n’existait plus dans les calculs de la nation, du pacte et de l’État ».
En réalité, le président n’a rien révélé de nouveau en décrivant « l’orgueil et le déni » du Hezbollah ; cette description s’est solidement imposée dans le discours public depuis le cessez-le-feu du 27 novembre dernier — signé selon les conditions du vainqueur imposées au vaincu.
Ce qui était nouveau dans le discours, en revanche, c’était d’attribuer au camp opposé aux armes du Hezbollah une position jamais démontrée — en l’accusant de croire en la disparition « d’une communauté entière » (désignant évidemment la communauté chiite).
Le président dispose-t-il de preuves, d’indices ou d’éléments attestant que « cette position tranchée existe réellement dans ce camp, visant à effacer les chiites des calculs de la nation, du pacte et de l’État » ?
Pour rétablir la vérité, il est utile de revenir aux prises de position, déclarations officielles et communiqués de ce « camp », connu sous le nom de « camp souverainiste » — un ensemble de partis, de personnalités, et de blocs parlementaires et populaires significatifs, issus de diverses confessions — dont aucun n’a exprimé quoi que ce soit qui ressemble à ce qu’a avancé le président.
Il est vrai que ces forces politiques et populaires parlent ouvertement de la défaite militaire du Hezbollah à la suite de la « guerre d’appui » bien connue, mais jamais elles n’ont évoqué la défaite de la communauté chiite « dans son ensemble », ni sa disparition, ni son effacement de l’équation et du pacte national Libanais.
Et si quelques commentaires isolés et éphémères sont apparus sur les réseaux sociaux dans ce sens, ils ne constituent rien de plus que des échanges verbaux entre adversaires dans l’arène du folklore virtuel — ils ne représentent ni un phénomène réel, ni une « impression » générale, et ils ne peuvent certainement pas servir de base à un discours officiel d’État de haut niveau, surtout lors d’une occasion nationale centrale comme la fête de l’Indépendance.
Le motif derrière la présentation de cette équation erronée peut être la tentative d’équilibrer le « déni du parti » par un « second déni », afin d’atténuer l’impact du premier et d’absorber le mécontentement.
Une telle équation relève, par sa forme et son essence, de l’ancienne-nouvelle logique du « six pour six bis », où aucun membre d’un camp libanais n’est jugé, sanctionné ou récompensé sans qu’on lui cherche un équivalent dans le camp opposé.
Cette recherche constante d’un parallèle ou d’un équivalent avant de prendre une décision ou adopter une position mènera, comme auparavant et toujours, à la paralysie de l’État.
Un État peut-il fonctionner en mettant sur un pied d’égalité des armes illégales et l’opposition politique à ces armes ?
Ceux qui rejettent les armes du Hezbollah distinguent clairement celles-ci de leur environnement et de leur communauté ; ils ne tiennent pas une population entière pour responsable des actes de certains, et aucun d’entre eux ne souhaite — ni n’attend — la chute d’un composant national libanais issu de l’équilibre historique délicat du pacte national.
Toute autre affirmation parlant de disparition, d’annulation ou d’effacement n’est qu’un bruit, une invention ou une supposition.
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