Au Liban, où chaque journée apporte son lot d’incertitudes politiques, économiques ou sécuritaires, le besoin de se tenir informé est devenu presque instinctif. Mais cette nécessité, parfaitement légitime, a donné naissance à une habitude de plus en plus répandue : le doom-scrolling, le fait de faire défiler sans fin des nouvelles négatives sur les réseaux sociaux.
Ce comportement, en apparence banal, est aujourd’hui largement étudié par les institutions médicales internationales. Et leurs conclusions convergent : le doom-scrolling épuise mentalement, renforce l’anxiété et altère notre perception du monde.
Un phénomène scruté par les experts
Le terme doom-scrolling s’est imposé dans le vocabulaire médiatique durant la pandémie.
La Mayo Clinic Press (2024) le décrit comme « une consommation compulsive de contenus anxiogènes, déclenchant un niveau de stress élevé et un sentiment de menace permanent ». Autrement dit, plus on lit d’informations stressantes, plus le cerveau reste en mode « alerte ».
La Harvard Medical School (2023), dans son rapport « The Psychological and Physical Dangers of Doomscrolling », explique que l’exposition prolongée aux mauvaises nouvelles active les zones cérébrales responsables de la peur. Ce mécanisme, conçu pour nous protéger, devient nuisible lorsqu’il est sollicité continuellement : il provoque anxiété, irritabilité, fatigue psychique et même tensions musculaires.
Plus récemment, une vaste étude menée par la professeure Mary Tate (2024), publiée dans Technology, Mind and Behavior, a interrogé 800 personnes aux États-Unis et en Iran. Ses résultats montrent que le doom-scrolling favorise un état de méfiance, de stress existentiel et de découragement face à l’avenir, même chez les individus n’ayant aucun lien direct avec les événements qu’ils lisent.
Des répercussions qui dépassent le mental
Un moteur d’anxiété
La Mayo Clinic et Harvard soulignent que l’arrivée répétée d’informations négatives pousse le cerveau à libérer du cortisol, l’hormone du stress. Résultat : une sensation de tension intérieure qui finit souvent par nous pousser… à continuer de scroller.
Un ennemi du sommeil
L’étude de A. Sharma (IJFMR, 2025) montre que consulter les réseaux sociaux avant d’aller dormir augmente l’activité mentale, ralentit la sécrétion de mélatonine et perturbe l’endormissement.
Beaucoup de Libanais reconnaissent « jeter un dernier coup d’œil » aux actualités en se glissant dans leur lit, un geste simple, mais lourd de conséquences sur la qualité du repos.
Isolement et fatigue physique
Harvard relève également que le doom-scrolling augmente le temps passé immobile, la tension dans la nuque et le dos, et réduit le désir d’interagir avec les autres.
Plus on scroll, plus on se coupe du monde réel souvent sans s’en rendre compte.
Le contexte libanais : un terrain fertile au doom-scrolling
Le Liban vit au rythme des crises successives. Explosion du port, fluctuation du dollar, pénuries, incidents sécuritaires, incertitude politique… Les Libanais consultent donc leurs téléphones non seulement pour s’informer, mais aussi pour anticiper ce qui pourrait affecter leur quotidien.
Le Arab Social Media Report (2023) révèle que 78 % des jeunes Libanais s'informent principalement via les réseaux sociaux, ce qui les expose davantage au flux continu de contenus anxiogènes, vérifiés ou non.
La combinaison de l’inquiétude, du besoin d’être alerté à la minute près et de la prolifération de contenus négatifs transforme le doom-scrolling en réflexe quasi automatique, surtout lors des périodes de tension.
Comment s’en protéger ? (selon les experts)
Selon la Mayo Clinic, Harvard et les recommandations issues des études récentes :
1. Fixer des moments précis pour s’informer
Par exemple, le matin et en début de soirée.
Éviter de consulter l’actualité en continu réduit le stress.
2. Désactiver les notifications
Chaque alerte crée un sentiment d’urgence inutile et réactive le cycle du doom-scrolling.
3. Bannir les écrans avant le coucher
Les recherches de l’IJFMR (2025) montrent qu’arrêter 60 minutes avant de dormir améliore nettement la qualité du sommeil.
4. Chercher l’équilibre dans les sources
Privilégier des médias fiables et éviter les plateformes qui amplifient la peur ou le sensationnalisme.
5. Remplacer le scroll par une activité réelle
Marche, lecture, musique douce, discussion avec un proche : des gestes simples, mais scientifiquement efficaces.
S’informer, oui. Se noyer, non.
Le doom-scrolling n’est pas un caprice de l’ère numérique, mais un phénomène réel, documenté et confirmé par des institutions de référence : Mayo Clinic, Harvard Medical School, IJFMR, Arab Social Media Report, et les travaux de Tate (2024).
Dans un pays comme le Liban, où chaque nouvelle peut avoir un impact direct sur la vie quotidienne, il est essentiel d’apprendre à se protéger.
S’informer reste vital.
S’y perdre peut devenir dangereux.
Limiter le doom-scrolling n’est pas un geste de déconnexion, mais un acte de préservation pour son mental, son sommeil et sa vision du monde.
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